Prémices d'une réflexion sur le sens de l'Identité communautaire Homosexuelle à Montréal
Cet article a pour vocation de retracer l’émergence du Village gai de Montréal et les raison de cette localisation. Le but est de montrer que la police et l’administration municipale n’étaient pour rien dans son développement et que son emplacement ne renvoi qu’inductivement à l’affirmation de fait français au Québec.
Depuis la seconde guerre mondiale les lieux de fréquentés par les gais étaient regroupés dans le centre-ville (entre les rues Stanley et Sainte-Catherine et aux alentours de la rue Saint-Laurent), on ne trouvait alors que peu d’activité dans le Village, que l’on peut situer entre les rues Papineau et René-Levesque et entre les rues Saint-Hubert er Sherbrook. Or, en l’espace d’une année, de 1984 à 1985, le Village est devenu le Village Gai de Montréal. Ce brusque changement n’est pas la conséquence des rafles policières de juin 1984, ni le résultat de la campagne de nettoyage préolympique en centre-ville. De plus, le mouvement de l’ouest vers l’est de Montréal, d’un quartier anglophone à un quartier francophone n’est pas l’affirmation de fait français au Québec. La localisation du quartier gai dans cet espace urbain a pour origine l’avantage économique considérable qu’il offrait aux commerçants, le foncier et les loyers étant moins élevés que ceux de la rue Stanley. De plus, le Centre-Sud, au titre de quartier culturel de la première moitié du XXème siècle, disposait d’un héritage infrastructurel riche et donc de locaux convenables pouvant être aménagé pour peu de frais. L’attrait résidentielle du Village par la population homosexuelle à aussi précédé et facilité le développement de ses fonctions économiques, de même que sa desserte par deux stations de métro. Le développement de l’industrie et des services à l’est de la ville à renforcé le phénomène. Enfin, la croissance économique et la concentration des bars, restaurent et autres commerces dans le Village réside dans l’arrivée de la discothèque Max et du premier club KOX dont la réputation et le nombre de clients n’à cesser de croître. Ces deux derniers établissements ont aussi attiré un seuil critique de gais qui pouvaient par la suite consommer dans cet espace urbain.
Mais cet espace est-il l’expression d’une ségrégation ou d’une intégration sociale ? Si pour certain il ne s’agit que d’un ghetto communautaire, d’un enclave spatiale ne répondant qu’à des fins mercantiles et sexuelles et non à la volonté d’une égalité de droit ; pour d’autre le Village constitue au contraire un bel exemple de prise en charge par une communauté d’un espace dégradé.
Comment ce puissant symbole offre les sens et les signes nécessaires à la transmission d’une identité ? Comment et pourquoi l’appropriation de l’espace urbain et de la volonté de se rendre visible à tous est l’expression du désir de s’intégrer à la société ? Retracer la trame des lieux, du repère urbain communautaire constitue donc les prémices à l’étude de cette collectivité en vue d’en comprendre toutes les dimensions.
Cet article propose une reconstruction historique de l’association Montréal Gay Women et de la Coop-Femmes qui ont contribué à façonner la communauté lesbiennes de Montréal entre 1973 et1979. Il nous montre notamment les difficultés rencontrer par les lesbiennes qui se sont jointes initialement à des associations gaies, et comment le féminisme a marqué les orientations politiques et le mode de fonctionnement des organisations lesbiennes de l’époque. De même, la question linguistique au début du mouvement lesbien de montréalais y est analysée.
Ainsi, l’automne 1972 connaît la naissance de l’association Gay McGill, l’un des premiers groupes anglophones à être formé à Montréal. Le but est d’offrir divers services mais aussi être la base d’une organisation politique regroupant des étudiants et des non étudiants, des gais et des lesbiennes, des anglophones et des francophones. Mais très vite les thématiques masculines dominent et l’association devient sexiste en ne donnant aucun poids aux membres féminins. Sous l’influence des idées féministes de l’époque, les lesbiennes se retirent pour fonder leur propre groupe Montréal Gay Women en mars 1972. Il publie alors un bimestriel Long Time Coming qui évolue rapidement en devenant plus politiques en publiant des articles sur les luttes menées par les lesbiennes en divers endroits au Canada. De plus, il organise les deux premières conférences nationales de lesbiennes en janvier 1974 et 1975 qui rassemblèrent des centaines de lesbiennes venue de tout le Canada pour parler de leurs conditions de vie, mais aussi un service d’écoute et de référence dans un centre du boulevard Saint-Denis. Le mouvement lesbien de Montréal se construit donc contre celui des gais et rejette la culture bars. Mais des problèmes financiers croissant, des difficultés à se doter d’un exécutif et de recruter des membres actifs et la montée du leadership des mouvements lesbiens francophones conduit à la disparition de cette association.
La 3ème conférence internationale des lesbiennes à Ottawa en 1977 et de la célébration de la libération des femmes à Montréal constitue le développement de mouvement des lesbiennes francophones. L’émergence de ce phénomène coïncide aussi à la victoire électorale du Parti Québécois en novembre 1976. Ainsi, est créé l’association Coop-Femmes le 26 février 1977 fondée par et pour les lesbiennes constituant en soi un geste politique. C’est un lieu de ressourcement, de refuge face à l’hétérosexisme de leur milieu de travail ou de leur milieu de vie qui propose de nombreuses activités sociales et cultuelles. Mais le déchirement initial dans le choix du français comme langue de l’association est renforcé lors de l’adoption de la charte de l’association Coop de 1978 qui divisa les lesbiennes féministes des lesbiennes radicales en ne se consacrant pas sur les intérêts exclusifs des lesbiennes mais des femmes en générales. Les divisions et l’essoufflement du mouvement s’accélèrent et ce jusqu’à la disparition de l’association en 1979. Mais on amorce tout de même une prise de conscience dans la lutte pour la reconnaissance et on s’organise.
Cet article nourrira notre réflexion dans la mesure où il nous montre bien que le mouvement homosexuel n’est pas unifié. En effet, il faut différencier et reconnaître à Montréal la communauté gaie de la communauté lesbiennes qui elle-même connaît des subdivisions entre anglophones et francophones mais aussi entre féministes et radicales. Il n’y a donc peut être pas une communauté homosexuelle à Montréal. Notre approche de l’identité homosexuelle devra donc être interrogée et prendre en compte toutes les dimensions de cette communauté